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Jean Luc Van Den Heede

Le Site Officiel
 

La vie à bord

La vie à bord de Matmut
 
Impossible de manger des produits frais, alors comment fais-tu au niveau de ton alimentation à bord ?
J’aime manger, il est donc hors de question que je me prive pendant 8 mois. Après mon premier Vendée Globe au cours duquel je ne m’étais pas bien nourri, j’ai compris l’importance d’une alimentation bien équilibrée. J’ai consulté une diététicienne, et nous avons étudié de près la nourriture que j’emporte. Il y a une juste répartition entre les plats en conserve et les plats lyophilisés, le tout accompagné d’un petit coup de vin rouge que je bois avec modération puisqu’une bouteille dure 3 jours. Je bois bien sûr beaucoup d’eau, j’emporte des bouteilles mais dès qu’il pleut, je récupère l’eau de pluie sur mes voiles. Je fabrique parfois du pain frais … et je vous assure qu’il m’est difficile de résister à la bonne odeur qu’il dégage dans la cabine.
Peux-tu nous décrire une journée ordinaire à bord ?
C’est difficile de parler d’une journée type, ça dépend beaucoup des conditions météo et des incidents qui surviennent sur le bateau.
Je vis au rythme du soleil, je me lève et me couche avec lui.

Au réveil, je commence par procéder à une vérification complète du bateau...
Un petit tour sur le pont pour repérer tout de suite les ragages ou autres anomalies, avant que le problème empire... il est souvent possible de réparer quelque chose qui n’est pas encore cassé, mais si l’on attend le dernier moment, il est généralement trop tard !
L’écoute et l’observation sont 2 qualités essentielles pour réussir une telle aventure.

Après ce check up, je prends un petit déjeuner.

Selon les cas et suivant la météo, la matinée est occupée à des réparations diverses, des réglages sur le bateau, du travail à la table à carte  ou plus simplement à de la lecture. Je surveille aussi en permanence le régulateur d’allure qui suit le vent et non pas le cap.

Au moment où le soleil culmine, je prends mon déjeuner et s’il y a du soleil je fais une méridienne au sextant qui me donnera ma position.
L’après midi, comme la matinée, est occupée suivant le contexte météo, l’état du matériel, et la fatigue du bonhomme... Certains jours, par temps calme, je m’autorise une sieste ou je prends un thé en milieu d’après midi. Dans l’hémisphère sud je surveille mon baromètre et je remplis mon livre de bord toutes les 2 heures.

Si je ne voyais pas le soleil à midi, je fais une droite de hauteur avant que le soleil ne se couche puis je dîne.
Si tout va bien, je me couche ensuite dans ma bannette.
En fait ce sont des journées qui ressemblent beaucoup à celle d’un "terrien" !!
Quel est ton rythme de sommeil ?
Mon sommeil est découpé en tranche de 1h30, cela correspond à mon cycle naturel de sommeil que j’avais fait étudier par le CHU de Nantes au retour de mon premier Vendée Globe. Je ne rencontre aucun problème de récupération lorsque je respecte mes cycles de sommeil. Bien sûr, dans des endroits plus difficiles (Rail d’Ouessant, Pot au noir, Cap Horn, approche de la côte etc.), la tranche de sommeil peut se réduire à 10 minutes... voire à néant, mais c’est ponctuel et sur des courses aussi longues, ce rythme ne dure guère plus de 2 jours.
De quoi sont composés tes repas ?
Le petit déjeuner
Il est composé de Biscuits LU avec de la confiture et du thé.

Le déjeuner du midi
C’est mon repas le plus copieux, je mange une entrée, un plat, un morceau de fromage et un dessert.
En entrée
Un pâté Henaff ou une boîte de sardine, calamar, foie de morue, asperge ou autre plat de ce type.
En plat principal
- un plat préparé D’Aucy en conserve (le Risotto de fruits de mer, la Raie ou autre Lapin aux pruneaux. un régal !) ou Henaff (le petit salé aux lentilles... un monument !)
- un fromage : 1/4 de Camembert “Président” de chez Besnier en conserve, introuvable en France (réservés à l’export).
- un dessert, une compote de fruit ou des fruits secs.

Le dîner
Que je prends toujours avant le coucher du soleil.
En entrée
une soupe déshydratée sauf quand il fait trop chaud.
En plat principal
en fonction de ma disponibilité, c’est un plat de riz ou de pâtes agrémenté d’ingrédients divers et variés ou un plat complet lyophilisé.
Fromage et dessert, identique au repas de midi.

Pour faire toute cette cuisine, j’utilise un camping gaz ordinaire et 2 casseroles.
Quelle est la garde robe du skipper pour la Golden Globe Race ?
J’ai 2 tenues complètes de cirés plus 1 veste habituellement destinée au travail en chambre froide et 5 fourrures polaires. J’ai aussi bien sûr plusieurs sous-vêtements et autres chaussettes polaires, 3 ou 4 jeans, et des tee-shirts pour les météo plus clémentes. Pour faire tenir le tout debout, 2 paires de bottes, 1 paire de chaussures de pont, et 1 paire de tennis. J'emmène aussi 2 duvets.
Il faut surtout éviter de se faire mouiller, ce qui veut dire enfiler un ciré pour toute manœuvre à réaliser dans un temps incertain ou humide... rien ne sèche en particulier dans le sud !
Plus de 8 mois tout seul à bord, comment gérer la solitude ?
A l’arrivée de mon premier Vendée Globe, j’ai pris conscience que nous étions suivies au quotidien par un grand nombre de personnes.
Cela rend la solitude toute relative.

Cette fois je ne sais pas comment ça va se passer. La seule radio qui nous permettra de communiquer entre nous mais difficilement avec la terre sera une BLU. Nous aurons un iridium mais il ne sera relié directement qu’au PC course et à l’unité médicale. Nous aurons aussi une espèce de pager qui permettra au comité de course de situer le bateau et qui nous permettra d’envoyer des messages très courts, genre tweet. Ces petits messages seront relayés sur mon site.
Mais on n'a pas le temps de s’ennuyer sur un bateau, il faut être au four et au moulin. Je dirige mon bateau mais je fais aussi très bien la cuisine et un accroc dans une voile peut demander plusieurs heures de couture... Je suis une vraie fée du logis !
Ce qui est difficile aussi pour le solitaire, c’est qu'il n'y a pas de public pour nous pousser dans l'effort : aller changer la voile d’avant quand le vent baisse et qu'on est crevé ou barrer longtemps pendant une période météo instable, quand il fait un temps de chien dehors. C’est au solitaire de trouver sa propre motivation.
Un autre élément à considérer : il faut savoir tout faire tout seul : réparer le matériel, faire la cuisine, se soigner en cas de pépin (on peut être amené à se faire des points de sutures par exemple, si c’est sur le bras droit ou derrière la tête... je laisse imaginer la gymnastique !
Quels sont tes loisirs à bord ?

Je bouquine beaucoup, J’écoute un peu de musique, j'emporterai une vingtaine de cassettes audio : Johnny et les Pink Floyds bien sûr, c’est la base... Mais aussi Santana, Cabrel, Beethoven ...
Je vais aussi probablement en profiter pour écrire un troisième livre.

Comment se passe l'hygiène sur un parcours si long ?

L'hygiène est un problème même si, à bord, on se salit beaucoup moins qu'à terre!
Dans les alizés, pas de problème on peut utiliser les grains pour se laver avec l'eau du ciel et il fait chaud.
Dans les quarantièmes, il fait froid et on n'a pas beaucoup d'eau. On s'arrange pour faire une toilette économe entre 2 dépression. Autrement je suis grand utilisateur de "calinettes" les lingettes de bébé qui sont très pratique dans la brise!

Comment fais-tu ton pain à bord ?

Je fais mon pain dans une poêle non adhérente revêtue d'une cloche transparente. On trouve dans les supers marchés des préparations de farine et levain dosées prêtes à l'emploi. J'utilise en général la marque FRANCINE.
Il suffit de diluer le levain dans un verre d'eau de mer, puis de bien malaxer (en faisant au départ un trou au milieu de la farine). Ensuite on laisse reposer et on met à feu très très doux dans la poêle en essuyant régulièrement le couvercle qui se couvre d'humidité. Il faut une bonne demi-heure de cuisson... ATTENTION ! La température de la pièce est importante. Ne pas hésiter à réchauffer l'eau de mer si elle est sous les 15°. Dans les 50° de latitude sud la pâte ne levait pas très bien ! Il vaut mieux aller aux Antilles!

Comment vas-tu te situer sans GPS ?

J’emporte des cartes papier, je tiens une estime précise à partir de mon cap et de ma vitesse et lorsque le ciel le permet je fais le point avec le sextant qui à partir de l’angle entre un astre et l’horizon permet de se situer perpendiculairement à cet astre.

Comment prévoir la météo ?

Près des côtes nous profiterons des stations côtières qui nous la fourniront, par contre au large il faudra contrôler le baromètre et apprécier les nuages.

 

 

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